Ce mercredi 4 novembre, lors des questions au Gouvernement, j’ai interpellé Serge Papin, ministre chargé du Commerce, sur la situation des commerces de centre-ville. À Caen comme partout en France, ils sont frappés chaque samedi par les débordements en marge des manifestations, au pire moment de l’année.
En vidéo · Questions au Gouvernement
Assemblée nationale, mercredi 4 novembre 2026 · 1 min 56
Ma question
Monsieur le ministre,
Samedi encore, à Caen comme dans beaucoup de villes de France, notre centre commerçant ressemblait à une ville morte : vitrines barricadées, rideaux baissés, rues désertes.
Déjà confrontées à la baisse de la consommation, aux problèmes de pouvoir d’achat, aux évolutions brutales des comportements des consommateurs, nos commerçants subissent le coup de grâce avec ces samedis perdus alors même qu’ils représentent souvent 80 % de l’activité hebdomadaire de surcroît à l’approche des fêtes de fin d’année.
Certes bien sûr, manifester est un droit essentiel qu’il faut défendre à tout prix, y compris contre ceux qui animés par une vision nihiliste le dévoient en usant de la violence. Mais le droit de travailler est aussi un droit imprescriptible.
À Caen comme ailleurs, les forces de l’ordre font le maximum pour préserver les rues commerçantes et je veux ici leur rendre un hommage appuyé.
Pour autant ces espaces qui constituent en temps normal le cœur battant de nos villes, sont à l’arrêt chaque samedi. Les clients ne viennent plus ou leur préfèrent les centres commerciaux de périphérie.
Monsieur le ministre, nos commerces de centre-ville sont en danger de mort avec tout ce que cela comporte de drames personnels, de pertes d’emplois, de dévitalisations de nos cœurs urbains.
Certes, l’État ne peut pas tout mais il est garant de la paix civile et de la capacité de chacun à mener son activité professionnelle.
Au-delà des mesures d’urgence vers les commerçants vandalisés le 17 octobre, que je veux saluer, n’est-il pas temps de mettre en place dans chaque département, sous l’autorité du préfet, à l’image de ce que font les collectivités lorsqu’elles lancent des travaux importants, qui contrarient la fréquentation des commerces, une procédure de soutien ciblé sur les commerces les plus touchés par ces samedis de manifestation ?
Je vous remercie.
Des commerces déjà fragilisés
Avant même les premiers samedis de violences, le commerce traversait une période difficile. Les défaillances d’entreprises atteignent des niveaux jamais observés, et le commerce figure parmi les secteurs les plus touchés.
La consommation, elle, recule : les dépenses des ménages en biens ont baissé de 0,5 % en septembre, après une baisse identique en août, et de 5,8 % pour l’habillement. Dans le même temps, les prix ont augmenté de 3,1 % sur un an.
Les samedis de violences, le coup de grâce
commerces touchés en France par les violences du 17 octobre, pour des centaines de millions d’euros de dégâts.
Au-delà des vitrines brisées et des magasins pillés, c’est l’activité de tous les commerces de centre-ville qui s’effondre chaque samedi. Les clients ne viennent plus, par crainte des débordements, et une partie d’entre eux se reporte sur les centres commerciaux de périphérie.
Un samedi de manifestation
Chiffre d’affaires d’un commerce de centre-ville
Sources : CCI France ; témoignage d’une commerçante caennaise recueilli par France 3 Normandie.
Et ces samedis perdus tombent au plus mauvais moment : l’approche des fêtes, période décisive pour l’équilibre annuel de nos commerçants.
du chiffre d’affaires annuel des commerces de proximité est réalisé en novembre et en décembre.
Aller au-delà des mesures d’urgence
Le Gouvernement a annoncé des aides pour les commerces vandalisés : un prêt Bpifrance pouvant atteindre 50 000 euros et une aide directe jusqu’à 10 000 euros pour les entreprises de moins de 50 salariés et de moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ces mesures sont nécessaires, mais elles ne répondent pas à la perte d’activité qui se répète chaque samedi, pour tous les commerces, vandalisés ou non.
C’est le sens de ma proposition : un dispositif de soutien ciblé, piloté par le préfet dans chaque département, pour les commerces les plus touchés par ces samedis de manifestation, sur le modèle de ce que font déjà les collectivités lorsque de grands travaux pénalisent la fréquentation des commerces.
Sources
Insee, consommation des ménages en biens (septembre 2026) et indice des prix à la consommation (septembre 2026) · Banque de France, défaillances d’entreprises (juillet 2026 et novembre 2025) · Conseil national du commerce, rapport sur la vacance commerciale (juin 2026) · CCI France · Ministère du Commerce · France 3 Normandie, ICI Normandie, Tendance Ouest.