En avril dernier, mon collègue sénateur Patrick Chaize et moi-même avons été nommés par l’OPECST (Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques) pour conduire un rapport sur notre mix énergétique, sont évolution et les impacts technologiques qui y sont liés. Ce rapport, commandé par la commission des affaires économiques a pour objectif d’éclairer la représentation nationale alors que le Parlement devra se prononcer très prochainement sur la politique énergétique du pays.
Le premier travail de ce rapport a été de réaliser un état des lieux sur la production d’électricité.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, depuis 20 ans, la consommation électrique française stagne. Cela pour de bonnes (sobriété, efficacité des appareils électrique) comme de mauvaises (désindustrialisation) raisons. Pourtant, dans le même temps, la production, elle, a continué d’augmenter. En plus du parc nucléaire légué par nos prédécesseurs se sont développées les énergies renouvelables (ENR) solaires et éoliennes.
Cette surproduction, qui peut présenter des avantages (exportation d’électricité, capacité pour accueillir des industries électro-intensive) pose également certains problèmes. En effet, le caractère intermittent de ces ENR entraine, en raison d’une surproduction massive à l’échelle européenne, à des périodes de prix négatifs qui peuvent parfois durer plusieurs jours voire plusieurs semaines qui ont un coût non négligeable pour les finances publiques et contribuent à la hausse des prix de l’électricité. Il est indispensable d’avoir cette donnée en tête avant d’envisager une politique énergétique globale à l’échelle nationale.
A l’issue de ce rapport, nous avons formulé 9 recommandations pour améliorer notre mix énergétique et sécuriser notre réseau.
1/ Donner la priorité à l’électrification de la demande
Depuis plus de 20 ans, la proportion d’énergie carbonée dans le mix énergétique français n’a pas évolué, 60% de notre énergie restant constituée d’énergie fossile. Nous recommandons donc de davantage soutenir la transition vers l’électrique (chauffage, transport, industrie), plutôt que vers l’installation de nouveaux modes de production d’électricité tant que la demande n’augmente pas.
2/ Accélérer le déploiement de nouvelles capacités de stockage.
3/ Faire contribuer les producteurs d’électricité non pilotable à l’équilibrage du réseau électrique et au stockage.
La montée en puissance des ENR met en tension le réseau électrique et nécessite l’installation d’équipements de sécurité comme les onduleurs. Les producteurs doivent participer à l’équilibrage du réseau.
4/ Tirer tous les enseignements du black-out ibérique.
5/ Soutenir la décarbonation de l’industrie et garantie à nos industriels des prix compétitifs à long terme.
6/ Intégrer le potentiel des mini-réacteurs (SMR / AMR) pour la production de chaleur, qui représente une part importante de la consommation énergétique du pays, pour les industries comme pour les particuliers, dans la programmation énergétique du pays.
7/ Garantir une autonomie stratégique dans la production et l’accès aux équipements critiques de notre système énergétique.
8/ Inscrire l’exploitation de notre parc nucléaire dans le long terme. En plus des investissements indispensables au renouvellement du parc, nous devons dès à présent anticiper une prolongation pour une période de vingt ans de notre parc historique. Pour que celui-ci, déjà amorti, puisse produire le maximum d’électricité à prix modérer tout en limitant ses coûts d’entretien, il pourrait être intéressant de limiter au maximum la modulation de la production de notre parc.
9/ Prévoir un débat annuel sur la politique énergétique au Parlement. Si la politique énergétique nécessite de s’inscrire sur le temps long, il serait souhaitable d’intégrer chaque année les nouvelles donnes géopolitiques et technologiques qui peuvent avoir un impact fort sur les prix et la production.