Joël Bruneau

Classement PISA : le recul de la France n’est pas une fatalité

Lors de la table ronde consacrée aux résultats de l’enquête PISA 2025 de l’OCDE, en commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, je suis intervenu sur le recul du niveau des élèves français. Ce recul n’est pas une fatalité : des solutions existent et ont fait leurs preuves ailleurs.

Une baisse inédite du niveau dans le monde

PISA 2025 a évalué environ 760 000 élèves de 15 ans dans 91 pays et économies. À l’échelle de l’OCDE, les résultats sont les plus faibles jamais enregistrés dans les trois domaines évalués. Le recul est particulièrement marqué en lecture et en mathématiques : selon l’OCDE, la baisse observée depuis 2015 représente un peu plus d’une année d’apprentissage en mathématiques et environ une année et demie en lecture.

Autre signal inquiétant : 20 % des élèves de l’OCDE sont désormais en difficulté dans les trois domaines, contre 16 % en 2022. Les écrans, les réseaux sociaux et, plus récemment, l’intelligence artificielle jouent un rôle évident : selon l’OCDE, la moitié des élèves utilisent chaque semaine l’IA pour apprendre.

Le haut du classement, lui, ne change pas : la Chine, Singapour et le Japon restent en tête, et plusieurs pays proches de nous, comme l’Estonie ou le Royaume-Uni, se maintiennent nettement au-dessus de la moyenne de l’OCDE.

Score PISA 2025MathématiquesLectureSciences
Chine612527597
Singapour563535560
Japon525503538
Corée522501526
Estonie508499527
Royaume-Uni488494511
Moyenne OCDE463461482
France458456483
Source : OCDE, enquête PISA 2025.

En France, un décrochage plus fort qu’ailleurs

La France ne suit pas seulement la tendance mondiale : elle décroche davantage, notamment en lecture et en mathématiques. Il y a dix ans, elle se situait encore au-dessus de la moyenne de l’OCDE ; elle est aujourd’hui dans la moyenne, et même légèrement en dessous en mathématiques et en lecture.

Évolution 2015-2025France 2015France 2025Évolution FranceÉvolution OCDE
Mathématiques493458−35−22
Lecture499456−43−28
Sciences495483−12−7
Source : OCDE, enquêtes PISA 2015 et 2025.

Le nombre d’élèves en grande difficulté progresse fortement. En 2025, 36 % des élèves français n’atteignent pas le niveau 2, considéré comme le seuil minimal de maîtrise, en mathématiques, 33 % en lecture et 26 % en sciences. Depuis 2015, cette proportion a augmenté de 12 points en mathématiques et de 11 points en lecture.

Dans le même temps, les très bons élèves se font plus rares : seuls 5 % des élèves français atteignent les niveaux 5 ou 6 en mathématiques et en lecture, contre respectivement 8 % et 6 % dans l’OCDE.

À force de parler sans cesse d’égalité, les bons élèves régressent, et les moins bons aussi. C’est la définition même du nivellement par le bas.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Après avoir rompu, il y a bien longtemps, avec une tradition élitiste parfois excessive, l’école française récolte des années de renoncement à l’exigence, de démagogie généralisée et de déresponsabilisation des parents. Le problème est évidemment multifactoriel :

  • Une exigence en baisse. L’objectif d’une génération entière de bacheliers a affaibli les examens, qui ne sont plus de vrais jalons. La part des mentions « très bien » au baccalauréat est passée de 0,6 % en 1997 à 8,8 % en 2025, soit une hausse de plus de 1 300 %.
  • Une gestion très centralisée de l’Éducation nationale, et la suppression des classes de niveau.
  • Un temps scolaire surchargé. L’école se voit confier de plus en plus de missions qui relèvent des parents : apprendre à nager, à faire du vélo, à bien manger, à bien se comporter en société. C’est autant de temps en moins pour les savoirs fondamentaux, des journées plus longues qui fatiguent les enfants et moins de place pour le sport et les activités culturelles.
  • Le climat de classe. 47 % des élèves français déclarent que le bruit et l’agitation perturbent la plupart ou la totalité des cours, contre 31 % dans l’OCDE.
  • Le téléphone à l’école. Avant la loi d’interdiction dans les lycées, seuls 27 % des élèves français étaient scolarisés dans un établissement interdisant le téléphone, contre 49 % dans l’OCDE.

Tout n’est pas perdu

Nous ne serons sans doute pas tous d’accord sur les causes. Certains évoqueront la nécessité de remettre de l’argent dans un système qui ne fonctionne plus, d’autres insisteront sur les origines diverses des élèves. La seule question qui vaille est pourtant la suivante : le déclin est-il irrémédiable ? La réponse est non.

Certains pays ont très bien résisté. L’Estonie et le Royaume-Uni, dont le niveau n’a quasiment pas varié entre 2022 et 2025, nous montrent la voie. L’Estonie obtient aujourd’hui 50 points de plus que la France en mathématiques, 43 points de plus en lecture et 44 points de plus en sciences. Ces deux pays ont en commun une organisation scolaire très différente de la tradition de la rue de Grenelle : une éducation largement décentralisée, des établissements réellement autonomes, avec une obligation de résultats et une grande liberté sur les moyens, et des chefs d’établissement qui dirigent vraiment leur équipe pédagogique.

Parmi les autres pistes à mobiliser :

  • remettre les savoirs fondamentaux au cœur de l’enseignement ;
  • retrouver l’exigence, avec des notes plus réalistes et de vrais attendus pour passer dans la classe supérieure. Sans cela, seuls les enfants dont les parents disposent d’un fort capital socio-culturel peuvent combler leurs lacunes, et les inégalités scolaires se creusent ;
  • faire progresser les élèves en fonction de la validation de leurs connaissances, avec un accompagnement personnalisé, des groupes de niveau ou du travail supplémentaire pour atteindre le bon niveau, comme nous l’avons fait à Caen avec le plan mercredi ;
  • rétablir l’autorité en classe et améliorer la qualité du bâti scolaire ;
  • reconnaître le métier d’enseignant par sa rémunération, avec en contrepartie une exigence accrue sur la qualité de sa formation ;
  • donner plus de place au sport et aux activités extrascolaires. Le Conseil supérieur de l’éducation souligne l’effet positif du sport sur les résultats en mathématiques et en lecture, et l’OCDE montre qu’il améliore la santé mentale des jeunes et aide à lutter contre le décrochage.

Autant de pistes qu’il est urgent de mettre en œuvre si nous voulons retrouver une prospérité collective, tant la vie d’une nation dépend de la quantité de travail qu’elle consent et du niveau de formation de ses actifs.

Refonder notre école

Refonder notre école n’est pas impossible. Cela demandera de la lucidité sur le constat, d’accepter de penser autrement notre organisation et d’avoir le courage de revenir sur les choix des dernières décennies qui n’ont pas montré de réels effets positifs.

« Sur ce sujet comme sur bien d’autres, la question n’est pas tant de savoir ce qu’il faut faire, mais si nous sommes prêts à le faire. »

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